J’ai testé : Etre une femme tech chez Microsoft

Je m’appelle Stéphanie, j’ai 44 ans et je suis une femme tech chez Microsoft.

Plus précisément, je suis Architecte Cloud et j’accompagne les éditeurs de logiciels dans la conception de leurs solutions dans le nuage. Voyez ça comme une sorte de lead dev backend, pour plein de projets différents. Pour brosser un portrait plus perso : j’ai 3 enfants dont 2 en garde alternée, un amoureux, un ex-mari, j’habite en Alsace et je travaille à Paris.

reste technique et amuse-toi

Jusqu’ici je n’avais jamais réalisé l’intérêt de rédiger un tel papier mais à force de rencontrer une résistance incompréhensible auprès de mon réseau féminin quand j’évoque les jobs potentiels de mon équipe ou ses voisines, je réalise que les métiers techniques que l’on peut trouver chez Microsoft sont finalement très peu connus, sans parler de leurs avantages. Je fais donc le pari de dévoiler un peu de mon vécu en espérant déclencher chez quelques-unes d’entre vous le déclic que j’ai eu moi-même il y a quelques années. J’assume le ton un peu trash de ce papier, que vous me pardonnerez j’espère, c’est tout simplement plus amusant à lire – et à écrire aussi.

J’ai intégré Microsoft il y a plus de 8 ans maintenant, sur un coup du destin, un alignement de planètes, une opportunité ou appelez cela comme vous voudrez. C’est quelque chose que je n’imaginais pas et qui n’était pas du tout dans mon « plan de carrière » : un grand mot puisque dans mon cas ça ressemble plus à un post-it avec 2 bullet points : reste technique et amuse-toi.

A l’époque j’étais lead dev dans une société industrielle alsacienne, j’habitais à 1km de mon lieu de travail et mon équipe ressemblait plus à une bande de potes. Je pensais sérieusement que je n’étais pas prête de quitter cette boîte familiale (2000 employés quand même) dans laquelle je me sentais bien, où l’on me faisait confiance et dans laquelle je me voyais évoluer doucement mais sûrement.

si les meilleurs postulent chez les GAFAM, les élus sont forcément les meilleurs des meilleurs ?

En 2010 comme tous les ans, j’ai participé aux Techdays, la conférence annuelle de Microsoft qui constituait le concentré sur 3 jours de ma veille techno de l’année. Tout s’est joué lors de la session « women in tech » qui avait lieu J2 et à laquelle je participais pour reposer mon cerveau meurtri par les 6 sessions techniques précédentes.

Mon futur manager – Eric Mittelette que j’embrasse – a profité de cette occasion pour parler du poste ouvert dans son équipe : un job d’évangéliste technique/developer advocate qui consiste à faire des démos étourdissantes sur scène et expérimenter les nouvelles technos en avance de phase pour les vulgariser auprès des développeurs français.

Bref, un truc pas du tout pour moi qui aimais être tranquille devant ma machine, à coder toute la journée et débattre des choix techniques avec mon équipe. Moins je voyais les utilisateurs finaux, mieux je me portais: il faut dire que les rencontrer était en principe la démarche ultime quand toutes les autres actions avaient échoué et qu’un dev était indispensable pour au mieux diagnostiquer et au pire débugger directement sur site. Vous comprendrez que ça ne donne pas très envie d’aller voir les clients ;).

Donc durant cette session, Eric a déverrouillé un truc dans ma tête en expliquant que nous – les filles tech – on voit rarement nos têtes qui dépassent, on se rend peu visibles et on reste dans nos jobs, sans réaliser qu’on a le potentiel pour en décrocher d’autres et qu’on est très attendues sur le marché de la tech.

Entendre ce discours de la bouche du manager des évangélistes (que je suivais comme une groupie dans les tours de France depuis des années) a flatté mon petit ego. Effectivement, je ne comptais pas bouger de si tôt. Dans ma tête, c’était un non sujet: plein d’autres dev étaient à l’évidence plus compétents que moi et travailler chez un GAFAM était donc complètement hors de ma portée. Et si les meilleurs postulent chez les GAFAM, les élus sont forcément les meilleurs des meilleurs ? Vous verrez que non et non…mais on en reparle plus tard.

Dans tous les cas, il avait raison, de moi-même je n’aurais jamais considéré cela comme une option. Il avait fait mouche.

C’est un peu comme si je vivais l’expérience de 20 jobs dans des boîtes différentes en accéléré, et ce, chaque année

Bref, sortie de cette session et gonflée de confiance, je me dis que je pourrais peut-être devenir consultante chez Microsoft. Oui parce que faut pas exagérer : être évangéliste demande, en plus d’être une des meilleures devs de France, d’être aussi dans les meilleurs speakers ! Je vous laisse imaginer la sélection…et moi j’aime pas perdre (vous non plus je parie, je ne suis pas très originale).

Je vous la fais courte : il n’a jamais été question de consulting et j’ai été recrutée en quelques jours comme évangéliste sur une techno dont je n’avais jamais entendu parler : Sharepoint (rajoutez m’en donc une louche sur la taille du défi). Je n’avais jamais parlé en public, je n’avais jamais fait de Sharepoint ni même de dev web (au sens front html/css/js). Moi j’avais fait 5 ans de dev embarqué C++ sur des OS temps réel, avant de dériver vers du C#, du middleware et des services web WCF. Je vous jure, il y a un monde entre ça et Sharepoint et rien que ce mot me donnait la chair de poule tant je sentais mon ADN éloigné de tout cela.

Bon, vous voyez que j’avais carrément le profil hein 🙂 sans oublier que j’habitais à Strasbourg et que le poste était basé à Paris. Mais une opportunité comme celle-ci ne pouvait pas se refuser et maintenant que j’avais mis le doigt dans l’engrenage je commençais à me projeter (dans le vide surtout, et c’est plus facile en fermant les yeux). Je n’avais plus qu’à dire oui et serrer les dents. Au pire du pire, si j’arrivais à tenir 2 ans, ça ferait toujours une jolie déco sur mon CV.

Je synthétise :

  • Je n’avais pas le profil
  • J’étais une bonne dev (le genre qui aime les patterns à la Gang of 4 – je me soigne depuis) mais pas la meilleure. Au fait, c’est quoi un bon dev ? Vous avez 3h.
  • J’habitais (et c’est toujours le cas) à 500 km de mon lieu de travail
  • J’avais 2 enfants en bas âge – j’en ai eu un troisième depuis
  • Je ne cherchais pas à changer de job

Cette aventure dure maintenant depuis plus de 8 ans et je reste ravie de mon sort.

on ne privilégie PAS l’expertise sur des technos Microsoft : des gens comme ça, on en a déjà plein à la maison. On cherche exactement l’inverse

Pourquoi ? Allons droit au but :

1 – Le salaire

Appelons un chat un chat. Bosser chez Microsoft, ça paie bien, vraiment bien. Ca ne fait pas tout, loin de là mais ça compte (grave).

2 – La possibilité d’évolution à l’international

Le tiers de mes collègues de l’époque est parti dans les équipes d’engineering MSFT aux US ou ailleurs dans le monde. Si vous souhaitez découvrir d’autres horizons un jour c’est un premier pas pour toucher ce rêve du doigt sans pour autant prendre de risque (et peut-être ne le ferez-vous jamais parce que comme moi vous avez la garde alternée de vos enfants – ouaip, fallait réfléchir avant).

3 – La possibilité d’évoluer en interne

Chez Microsoft, il existe plein de jobs différents et la stratégie change tous les ans. Bienvenue dans une boîte créatrice de technos donc à la source d’un éco-système super mouvant auquel elle tente de s’adapter en temps réel.

On vous encourage à aller de l’avant dans la réflexion de votre carrière interne en testant des jobs différents. Dans une boite classique, si l’on cherche à changer d’équipe ou de poste, on garde cela pour soi le plus longtemps possible pour éviter que cela nous porte préjudice : ici c’est l’inverse, votre management vous aidera à rendre cela possible et même vous y encourage. Au début ça fait bizarre.

4 – Le tremplin pour rebondir ailleurs

C’est une super carte de visite : on viendra vous chercher et on vous recevra partout en entretien, le problème c’est que tant que le job vous plait, c’est dur de trouver mieux (c’est-à-dire plus intéressant et mieux payé)

5 – Les collègues

Les gens sont globalement smart. Tous en fait. J’ai une confiance aveugle en mes petits collègues qui se font un plaisir de compléter mes lacunes sur leurs sujets de prédilection. Et inversement. On partage nos expériences et aussi nos galères.

6 – On te fait confiance

C’est vous qui choisissez comment faire votre job. Parmi la dizaine d’architectes dans mon équipe, il n’y en a pas deux qui travaillent de la même manière. On vient d’horizons divers, avec des expertises techniques variées et une expérience différente. Certains codent encore au quotidien, d’autres plus du tout. Tu t’inspires des pratiques qui te plaisent chez les autres ou tu traces ta propre route.

7 – La tech

On est à la source. Des nouvelles technos vous en mangerez à tous les repas et ça c’est cool parce qu’on reste à la page. Vous pourrez vous spécialiser – ou pas – dans les technos ou domaines qui vous plaisent, et changer au gré des années et de vos envies, tant que ça reste dans la tendance évidemment.

8 – Les valeurs et la diversité chez Microsoft

La diversité est prise très au sérieux, celle de genre mais pas que. Vous aurez autant d’opportunités que les garçons et le même niveau de salaire.

Notre CEO Satya est un techos à la base, les choix stratégiques qu’il déploie depuis son arrivée sont rassurants et semblent particulièrement cohérents aux yeux de profils comme le mien. Virage à fond open-source, rachat LinkedIn, GitHub et plus récemment Citus.

9 – La flexibilité et l’équilibre vie pro/vie perso

Je vous ai dit que j’avais 3 enfants dont 2 en garde alternée et que j’habitais en Alsace alors que mon job est à Paris ? Pour ma part je travaille 2 à 3j par semaine en télétravail. Ca marche, ça fait presque 9 ans.

Aussi, il faut être honnête, il y a très peu de reporting ou de micro-management si vous faites un job tech chez Microsoft. On vous fait confiance, débrouillez-vous: c’est très agréable

10 – Moins de charge mentale si vous travaillez loin de chez vous une partie de la semaine

On pourrait croire à l’inverse mais pas du tout, réfléchissez une minute : votre conjoint va devoir survivre (et aider vos enfants à survivre) quand vous n’êtes pas là : il va donc petit à petit prendre sur lui une partie de cette charge sans que vous ayez à lui demander quoi que ce soit. Et – truc ultime – il va s’y habituer au point que cela finira par lui sembler tout à fait normal ! J’aurais dû mettre ce point en premier, bien avant le salaire, non ?

Les filles : surtout n’essayez pas de cocher les cases

C’est bien gentil tout ça mais ça n’explique pas comment une dev qui préfère parler à son clavier toute la journée réussit à s’éclater dans un job où on passe la moitié de son temps avec des clients ? Eh bien j’ai découvert à ma grande surprise que j’adorais ça et je vous jure, je n’y aurais jamais cru. A bien y réfléchir, la raison n’est pas si obscure : plutôt que de travailler sur 1 seul projet, 1 seul métier et quelques technos, multipliez cela par 20 !

  • Je découvre des équipes différentes avec chacune des compétences différentes et leur propre manière de travailler
  • Des métiers et contextes très variés: des solutions de web marketing au big data en passant par l’IOT, dans des domaines tels que la finance, le retail, l’industrie, le marketing digital, …
  • Des architectures et des contraintes complètement différentes
  • La diversité des technos : les langages variés, l’infra, les technos open-source ou non, les architectures distribuées, …

C’est un peu comme si je vivais l’expérience de 20 jobs dans des boîtes différentes en accéléré, et ce, chaque année.

J’ai acquis une grosse expérience sur la manière de faire des choix technos et savoir s’adapter à des contraintes métier et techniques différentes. J’aurais difficilement pu vivre ça ailleurs.

Pour autant, je ne suis pas experte de chacune de ces technos, langages & co, bien évidemment, cela serait tout simplement impossible. Dans les faits, j’applique simplement la même recette magique qui nous est commune à nous, les tech. T’as besoin de creuser un sujet pour résoudre un problème ? Tu le mets en pratique jusqu’à ce que tu le comprennes et que tu arrives à le faire fonctionner dans le contexte concerné. Si le résultat n’est pas satisfaisant, change de réponse ou regarde le problème sous un autre angle. On est d’accord, à la fin ça finit toujours par marcher, d’une manière ou d’une autre, parce que notre job consiste justement à résoudre des problèmes. Donc faire ton travail, c’est trouver des solutions et bien le faire c’est trouver les meilleures.

Dingue non ? Vous n’avez donc besoin d’aucun pré-requis ou compétence technique particulière du moment que vous avez un minimum d’inconscience (j’ai la faiblesse de penser que d’autres appellent ça du courage). Réfléchissez un peu à votre job au quotidien : si vous êtes tech, c’est déjà ce que vous faites. C’est tout ce qu’il vous faut.

Jusqu’ici j’ai dressé mon portrait et surtout celui de mon rôle d’architecte cloud mais chez Microsoft il y a moultes jobs techniques différents :

  • Dev dans les équipes d’engineering (oui, il y en a à Paris, le 3è étage de notre bâtiment lui est réservé)
  • Consulting dev, data Science, infra, cloud, data, …
  • Architecte avant-vente technique, généraliste ou spécialiste dev/ops/data/IA/Dynamics/Office 365/….
  • Developer Advocate
  • Data Scientist
  • Architecte pour accompagner nos clients grands comptes, généraliste ou spécialiste dev/ops/data/IA/Dynamics/Office 365/…

Mais surtout, surtout, on ne privilégie PAS l’expertise sur des technos Microsoft : des gens comme ça, on en a déjà plein à la maison. On cherche exactement l’inverse : des profils complémentaires à ce que nous savons déjà faire. Si vous avez des compétences AWS, GCP, Java, Go, Rust, Spark, Linux, Scala, TensorFlow, K8s, Terraform, PostgreSQL … ou quoi que ce soit en fait, on aime.

Vous l’aurez compris, il y a l’embarras du choix. Et de la place pour vous les filles. Je vous attends et surtout je me tiens à votre disposition pour vous faire visiter les locaux et échanger avec vous sur les opportunités de carrière qui pourraient vous correspondre.

Les filles : surtout n’essayez pas de cocher les cases en lisant les jobs et ne réfléchissez pas trop, si Microsoft est capable de vous fait confiance c’est peut-être que vous pouvez vous autoriser à vous faire confiance aussi.

Vous verrez, ça fait du bien 😀

Stéphanie

 

NB : Retrouvez-moi sur le slack de la communauté de femmes tech Duchess France ou via LinkedIn , Twitter (DM ouvert)

Edit : *** Je serai aussi à Devoxx Paris 2019, J2 sur le stand Microsoft ***

 

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